Chloé Davignon | Diététicienne nutritionniste

Raclette : peut-on en manger sans culpabiliser ?

Temps de lecture: 5 minutes

Ecrit par: Chloé D. le 06/02/2026

« J’ai envie d’une raclette… mais ce n’est pas raisonnable. » Cette phrase, beaucoup de personnes la prononcent avec une pointe de culpabilité, comme si le simple fait d’avoir envie d’un plat convivial était déjà une faute nutritionnelle. La raclette est souvent classée dans la catégorie des “repas interdits”, associés à l’excès, au gras, à la prise de poids et au “il faudra compenser après”.

Mais si cette vision était justement le problème ? Et si l’envie de raclette n’était pas un manque de contrôle, mais un besoin normal, à la fois physiologique, émotionnel et social ?

La raclette, bien plus qu’un simple repas

La raclette est un plat profondément ancré dans la convivialité. Elle se partage et rassemble. Ce contexte social joue un rôle majeur dans le plaisir alimentaire, un facteur reconnu comme essentiel dans une relation saine à l’alimentation.

Sur le plan nutritionnel, une raclette n’est pas un aliment isolé mais un repas complet. Elle apporte des protéines (fromage, charcuterie), des lipides, des glucides via les pommes de terre, et peut parfaitement inclure des légumes si on le souhaite. Ce n’est donc pas un “écart” vide de sens, mais un repas dense, rassasiant et structurant.

Pourquoi l’envie de raclette est normale

Les envies alimentaires ne sortent jamais de nulle part. Elles peuvent être liées au froid, à un besoin accru d’énergie, à une fatigue, à un besoin de réconfort ou simplement à l’envie de partager un moment chaleureux.

En psychonutrition, on sait que plus un aliment est interdit mentalement, plus il devient obsessionnel. Se dire “je ne devrais pas manger de raclette” augmente souvent l’envie, la frustration et parfois la perte de contrôle ultérieure. À l’inverse, autoriser un aliment enlève une grande partie de sa charge émotionnelle.

Ce que dit la science sur les repas plaisir

Les études sur le comportement alimentaire montrent que la restriction cognitive est associée à davantage de compulsions, de culpabilité et de cycles restriction-excès. À l’inverse, une alimentation flexible, qui inclut des aliments plaisir, est associée à une meilleure régulation du poids et à une relation plus apaisée à l’alimentation.

Manger une raclette de temps en temps ne fait pas grossir. Ce qui impacte la santé et le poids, ce n’est pas un repas ponctuel, mais des déséquilibres répétés, une restriction chronique ou une alimentation insuffisante au quotidien.

Comment manger une raclette sereinement

Il ne s’agit pas de “faire attention” au sens restrictif du terme, mais plutôt d’être à l’écoute. Manger lentement, savourer, respecter sa satiété, choisir ce qui fait vraiment plaisir plutôt que manger par automatisme. Il est aussi possible d’ajouter des légumes si cela apporte du confort digestif, non pas pour “compenser”, mais pour se sentir bien après le repas.

Et surtout, il est essentiel de rappeler qu’il n’y a rien à rattraper le lendemain. Pas besoin de jeûner, de supprimer des repas ou de “se reprendre en main”. Le corps sait très bien s’autoréguler lorsque l’alimentation est globale­ment suffisante et régulière.

La raclette dans une alimentation équilibrée

Une alimentation équilibrée n’est pas une alimentation parfaite. C’est une alimentation vivable, durable, qui laisse de la place aux repas plaisir, aux traditions, aux saisons et aux moments de partage.

La raclette a toute sa place dans cette vision. Elle n’annule ni les légumes mangés la veille, ni les habitudes de la semaine. Elle fait partie de la vie, tout simplement.

En résumé

Vouloir manger une raclette n’est ni un manque de volonté, ni une erreur nutritionnelle. C’est une envie légitime, humaine, et parfaitement compatible avec une alimentation équilibrée.

👉 Ce n’est pas la raclette qui pose problème.
👉 C’est la culpabilité, la restriction et la peur de manger.

Autoriser les repas plaisir, c’est souvent le premier pas vers une relation plus apaisée à l’alimentation… et paradoxalement, vers plus d’équilibre.